La révolution Internet:

Internet a transformé la manière dont l’information circule aujourd’hui. Progressivement, nous sommes passés des technologies analogiques aux technologies numériques. Au départ, la frontière entre le monde physique et le monde numérique était claire. L’unique point d’entrée et de sortie était l’ordinateur. Cette frontière est devenue de plus en plus floue avec l’internet des objets. Internet est devenu omniprésent. Le nombre d’objets connectés en usage ne cesse de croître: voitures, ampoules, montres etc. Internet ne sert plus seulement à transférer des informations et données. Par Internet, nous pouvons avoir un impact sur le monde physique: contrôler la température d’une pièce, améliorer la sécurité du logiciel d’une voiture etc.

Physical InternetUne des dernières barrières qui existe entre internet et le monde physique est la logistique. Acheter un  objet en ligne est une question de secondes. Le processus est fluide. Le choix du produit, le moyen de paiement, tout est intégré et rapide, excepté la livraison. On commande en quelques clics mais il faut parfois attendre plusieurs semaines pour recevoir l’objet chez soi.

Aujourd’hui, les attentes clients sont de plus en plus fortes. Un service simple et une livraison rapide et transparente sont attendus. L’industrie du transport a certes profité des nouvelles technologies pour se moderniser mais la marge de progression est encore forte.

 

Nécessité d’évolution dans la logistique :

La logistique est un élément invisible mais fondamental qui rend notre mode de vie possible. Nous achetons des vêtements qui viennent d’Inde, de l’électronique conçue en Californie et produite en Chine. Nos fruits et légumes viennent d’Afrique. La croissance de l’e-commerce accentue cette pression sur la chaîne d’approvisionnement et la logistique. Cette croissance révèle également les faiblesses du modèle actuel.

En effet, la plupart des véhicules , camions et camionnettes, ne circulent pas chargés au maximum de leur capacité. De nombreux véhicules doivent faire des dizaines de kilomètres  à vide entre leur point de livraison et le point de chargement suivant. Il est nécessaire d’optimiser notre usage des capacités logistiques.

Ce besoin de réforme en profondeur est d’autant plus urgent que, selon la Commission Européenne, l’industrie du transport est responsable de près d’un quart des émissions européennes de gaz à effet de serre. Il nous faut donc passer d’un modèle de croissance extensif à un modèle intensif. Il ne s’agit pas de multiplier le nombre de véhicules pour accompagner la croissance mais d’utiliser la capacité existante à meilleur escient. L’optimisation de la logistique nous permettrait donc de transporter plus avec autant ou moins de véhicules. Il faut mettre en place une alternative plus durable au modèle actuel.

l’Internet Physique: comment améliorer l’efficacité du Supply Chain

Le concept d’Internet Physique a été développé par Benoît Montreuil, professeur de Material Handling and Distribution  à l’institute of Technology de Géorgie aux Etats-Unis. Il s’agit de transporter les biens physiques avec autant d’efficacité que les données circulent sur le réseau internet. lorsqu’un document est envoyé par mail, il peut être divisé en plusieurs morceaux afin de prendre le trajet le plus rapide et le plus efficace. Bien sûr, il n’est pas complètement possible d’adapter entièrement une logique numérique à des problématiques physiques. Cependant, nous pouvons utiliser le modèle d’internet comme source d’inspiration. Comme pour internet, la logistique doit devenir fluide. Le consommateur final n’a pas besoin de l’ensemble des détails techniques, dès lors que le système fonctionne de manière efficace.

Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’optimiser le système existant. Il ne s’agit pas seulement de minimiser le nombre de kilomètres à vide mais également d’optimiser l’utilisation des véhicules. B. Montreuil  a estimé qu’en moyenne, les camions ne sont chargés qu’à 60% de leur capacité (en terme de volume ou poid).

En premier lieu il s’agit d’avoir un accès fiable aux données: un suivi GPS efficace des véhicules, connaître leur direction, leur chargement etc. Ces données permettent ensuite d’optimiser la chaîne d’approvisionnement logistique.

Ensuite, l’objectif le plus simple et le plus important est la lutte contre les kilomètres à vide. De nombreux véhicules roulent sans chargement au retour d’une livraison. Il est nécessaire de réduire drastiquement la proportion de kilomètres à vide. Il convient ensuite de développer les solutions de co-chargement. Dédier un véhicule complet pour chaque livraison n’est optimal. L’espace disponible dans chaque véhicule devrait être utilisé pour d’autres courses avec des destinations proches. En effet, il faut prendre en compte la capacité de chaque véhicule pour le poids et le volume transportable. Un camion qui transporte des chips peut être chargé au maximum de sa capacité en terme de volume tout en ayant une grosse capacité disponible en poids. Il faut étudier des solutions pour organiser des transports combinés pour rationaliser le chargement des véhicules: charger au maximum pour le poids et le volume.

L’Internet Physique passe par la standardisation et le partage de l’information:

Les principes de l’Internet Physique peuvent être appliqués dans une certaine mesure au sein d’une seule entreprise. Des mesures isolées peuvent déjà fournir des résultats très prometteurs mais l’Internet Physique a pour but d’améliorer le système dans son ensemble, et cela passe par la coopération des entreprises. Une optimisation poussée nécessite une quantité de véhicules et de transports hors de portée de la plupart des entreprises seules. Une taille critique minimum est nécessaire pour limiter au maximum les kilomètres à vide, maximiser le chargement et mettre en place un système de co-chargement optimisé. C’est pourquoi la coopération est la clé de voûte de l’Internet Physique. Deux concurrents devraient collaborer s’ils ont deux véhicules qui effectuent un trajet similaire. Pour rendre cette collaboration acceptable pour tout le monde, il faut ajouter un acteur neutre qui pourrait centraliser l’information. La réticence à partager des informations au concurrent direct est compréhensible, c’est pourquoi l’ajout d’un acteur neutre prend tout son sens.

L’Internet physique repose sur la collaboration et la standardisation. L’un ne va pas sans l’autre. Le conteneur a transformé le transport maritime. Les bateaux, les ports, les trains, tout le système a été conçu pour les conteneurs. Cette norme fluidifie, accélère et simplifie le transport maritime des marchandises. Il faut une révolution similaire dans le transport routier. Des emballages standardisés faciliteraient le co-chargement en simplifiant les infrastructures pour charger et décharger les véhicules. le calcul de la capacité disponible dans les camions s’en trouverait également simplifié.

Avec des normes en termes de volume de chargement et une communication efficace, le co-chargement et le transbordement d’un véhicule à l’autre deviendrait des solutions plus abordables. Il sera alors possible de rationaliser les trajets en utilisant des hubs. Des véhicules feraient les trajets de courte durée entre les hubs et les lieux de chargement/livraison tandis que certains véhicules se spécialiseraient sur des trajets inter-hubs. Le visuel ci dessous donne une meilleure idée des résultats d’une telle optimisation.

Physical Internet Flows

source: Benoît Montreuil; professeur de Material Handling and Distribution au Georgia institute of Technology

La mise en place de l’Internet Physique n’est pas sans difficulté. Il faudra former les collaborateurs à des nouvelles pratiques. Cependant les bénéfices sont immenses. Une optimisation des transports réduira considérablement l’empreinte carbone et améliorera le trafic dans et autour des grandes villes. Un système optimisé permettra une meilleure rentabilité qui sera répercutée sur les coûts: le prix du transport baissera significativement. Le consommateur et le fournisseur bénéficient des avantages de l’Internet Physique.

L’Internet physique est un concept qui n’est pas encore mis en place mais les premières étapes sont déjà en cours.